David
Douillet, ministre des sports depuis le 26 septembre 2011, a proposé de créer un « délit pénal pour
l’utilisation de produits dopants ». L’enjeu de cette proposition de loi,
dit-il, n’est pas de mettre les sportifs en prison mais de mettre les athlètes
concernés « à disposition des
services d’investigations » afin qu’ils puissent "donner les informations qui permettront d'aller beaucoup plus
vite dans le démantèlement de ces mafias". Devant une telle idée de
mettre au tribunal un sportif, par ailleurs puni logiquement en étant suspendu
par les instances sportives, il s’agit donc de transformer les sportifs dopés
en « indics » afin de faciliter le travail de la police contre les
pourvoyeurs de produits dopants.
Cette
surprenante proposition m’amène à faire plusieurs commentaires :
- Moralement, faire des sportifs, qui ont certes fauté en consommant des produits dopants, des délinquants qui doivent en plus dénoncer d’éventuels pourvoyeurs me paraît plus que discutable. De plus, rappelons que la plupart des produits dopants sont en vente libre soit en pharmacie, soit sur internet. La majorité des sportifs dopés n’ont donc besoin de personne pour se fournir. C’est peut-être réconfortant de déresponsabiliser les sportifs en les considérant comme les victimes d’horribles machinations mafieuses, mais la réalité met surement plus que semble le penser le ministre le sportif au centre de son propre dopage.
- Pratiquement, j’ai cru comprendre que les tribunaux étaient surchargés. A quoi bon pénaliser des fautes et des fautifs qui ne pourront pas être jugés dans de bonnes conditions. S’il est question de juger un sportif quelques années après des faits alors qu’il a soit terminé sa carrière, soit qu’il se trouve dans une réalité médiatique du moment qui n’a rien à voir avec le climat qui entoure un procès, je ne vois pas l’intérêt.
- Enfin, pédagogiquement, on sait bien que la peur du gendarme n’a jamais empêché les hors la loi d’agir. Est-ce que le durcissement des lois concernant la détention des stupéfiants a entraîné une diminution du nombre de consommateurs ? Évidemment non ! On peut donc douter de l’efficacité d’une telle mesure pour enlever l’envie à certains sportifs de se doper.